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Nouvelle Perspective

Voir la violence faite aux femmes dans la vie d'un jeune enfant

Stratégies en classe


Cette page ici est un extrait de :

Nouvelle perspective : Voir la violence faite aux femmes dans la vie d'un jeune enfant -- module d'apprentissage pour les programmes d'éducation à la petite enfance (2005)


Les nourrissons et les jeunes enfants ont peu de stratégie d'adaptation ou aucune. Ils ne peuvent pas obtenir de soutien auprès de leurs pairs ni parler de leurs émotions ni sublimer instinctivement leur colère en faisant du sport par exemple. Il incombe aux adultes de créer des conditions pour les aider à s'adapter. Dans le cadre de services de garde d'enfants, les éducateurs et éducatrices peuvent offrir un milieu réconfortant, élaborer des stratégies pour aider l'enfant à s'ajuster lorsqu'il a des comportements provocateurs, fournir du soutien et des recommandations aux parents-substituts et être sensibles aux situations spéciales uniques qui surviennent lorsque une mères est ses enfants vivent dans un refuge.

Offrir un milieu réconfortant

Alors qu'à la maison leur vie peut être chaotique et désorganisée, à l'école leur vie est réconfortante et prévisible. Les jeunes enfants s'imprègnent des émotions exprimées par les gens qui les entourent. Ils sont réconfortés par un comportement calme et un ton de voix rassurant. L'un des aspects importants de cette tâche consiste à créer une prévisibilité grâce à la routine. Lorsqu'un enfant vit dans un climat de violence à la maison, les organismes de protection de l'enfance recommandent souvent qu'il soit placé tout particulièrement dans un excellent programme de garde d'enfants afin que la personne qui en prend soin puisse avoir un répit et que l'enfant soit en contact quotidiennement avec des professionnels de la communauté.

D'après Baker et Cunningham (2004: 34), les principes généraux d'une interaction saine adulte-enfant sont particulièrement importants pour les enfants qui vivent dans un climat de violence et de conflits. Les enfants sont influencés de façon positive lorsque les adultes ont des attitudes et des comportements prosociaux, lorsque les attentes sont claires relativement aux règlements et conséquences, lorsqu'on les complimentent (en concentrant l'attention sur le comportement plutôt que sur l'enfant), lorsqu'ils comprennent la logique qui motive des demandes, lorsqu'ils entendent des demandes formulées sur un ton de voix normal, lorsque les activités obligatoires sont claires (p. ex., c'est l'heure de la sieste) mais qu'ils ont des choix dans certaines situations appropriées (p. ex., le choix entre porter un pull vert ou rouge), lorsque les attentes conviennent au groupe d'âge, lorsque les limites sont claires relativement à des questions qui concernent les adultes et lorsqu'ils ont l'appui des adultes.

Chez certains enfants, la nature et l'envergure des problèmes familiaux sautent aux yeux immédiatement. Chez d'autres enfants, un observateur sensible et bien informé peut percevoir qu'ils sont affectés par des problèmes à la maison lorsque cela est le cas. O'Hara (1999) nous rappelle toutefois qu'une proportion d'enfants qui font face à des problèmes à la maison se mêle à leurs pairs sans que cela paraisse. Ces enfants seront affectés par des politiques générales et le fonctionnement quotidien en classe, non pas par des situations spéciales qui surviennent lorsqu'un problème familial est identifié. Ayant lui-même été aux prises avec des problèmes familiaux lorsqu'il était enfant, O'Hara (1999) nous rappelle que nos meilleures interventions sont nos attitudes, paroles et comportements dans le quotidien :

J'avais besoin que mon professeur reconnaisse ma valeur et qu'il croit que je pouvais réussir et que je réussirais. Je voulais me libérer de la violence associée à mon père. J'avais besoin d'être dans une classe accueillante, réconfortante et non menaçante. Les récompenses, les étoiles, les éloges et les badges ne comptaient pas du tout. J'avais plutôt besoin que mes professeurs me respectent et apprécient ma valeur. J'éprouvais un besoin impérieux d'avoir la moindre conversation avec eux sur des sujets n'ayant rien à voir avec la matière scolaire. Je voulais avoir une relation significative bien qu'à ce moment-là j'étais incapable de décrire la chose de cette façon. Je voulais que mon professeur ait confiance en moi et qu'il s'attende à ce que j'aspire toujours à réussir dans mes études. Ces besoins ne diffèrent pas tellement des besoins de la plupart des enfants (O'Hara, 1999 : 255-256).

Voici ce qu'il suggère aux éducateurs et éducatrices de la petite enfance : soyez un modèle pour l'enfant. Adoptez une attitude positive face à la vie, faites preuve de respect, ne tolérez pas des paroles ou comportements non respectueux envers qui que ce soit dans votre salle de classe, démontrez à chaque enfant qu'il est apprécié et précieux, faites l'effort de connaître chaque enfant personnellement, cherchez à déceler les intérêts uniques de chaque enfant et, conformément à la loi, signalez aux autorités les cas soupçonnés de violence et de négligence.

Stratégies afin d'aider les enfants à s'ajuster

Les enfants qui sont aux prises avec des problèmes familiaux, comme la violence conjugale entre adultes, peuvent manifester un éventail d'émotions et de comportements qui présentent un défi dans le cadre de services de garde d'enfants. Ils peuvent ressentir une angoisse de séparation grave lorsqu'on les dépose au service de garde, se promener sans but, avoir grand besoin de voir leurs frères et soeurs dans d'autres salles de classe, répéter des thèmes violents dans le jeu, choisir des jeux de contrôle et d'intimidation, faire preuve d'inattention, avoir des comportements d'évitement et angoissés (p. ex., gigoter ou provoquer) et avoir des troubles de comportement au moment de quitter le service de garde comme par exemple refuser de partir ou faire une colère au parent qui est venu le chercher (Baker, Jaffe, Ashbourne et Carter, 2002). Ces auteurs suggèrent les stratégies suivantes :

  • si l'enfant est très angoissé lorsqu'on le dépose au service de garde d'enfants, gardez-le près de vous et ne le forcez pas à trouver une activité jusqu'à ce qu'il se sente à l'aise

  • aidez l'enfant à trouver et à maîtriser une activité simple afin qu'il se sente en contrôle

  • validez ses émotions et établissez des limites claires dans le cas de jeux agressifs (p. ex., «Je sais que tu es en colère, mais il n'est pas permis de frapper les autres»)

  • montrez et enseignez comment résoudre des conflits en fonction de l'âge

  • encouragez l'enfant à participer à une activité de groupe, faites en sorte que l'activité soit de courte durée, faites asseoir l'enfant près d'un adulte, félicitez l'enfant chaque fois qu'il participe et parlez-lui de choses qui l'intéressent

  • préparez les enfants aux transitions qui surviennent durant la journée, par exemple, en les informant à l'avance d'un changement d'activité ou en affichant un tableau avec une image pour chaque activité de la journée

  • ne forcez pas un enfant qui ne veux pas dormir à faire la sieste ou permettez-lui de commencer sa sieste une fois que les autres enfants sont installés dans leur lit

  • si vous avez un collègue, vous pourriez permettre à l'enfant de rester éveillé durant la sieste

Comme c'est le cas avec la plupart de enfants, il suffit de rassurer l'enfant et de lui offrir un sentiment de sécurité en établissant des routines simples, en ayant des attentes claires, en expliquant les choses qui inquiètent l'enfant (p. ex., bruits) et en lui permettant de s'exprimer par le langage et le jeu (Baker, Jaffe, Ashbourne et Carter, 2002).

Aider les personnes qui prennent soin des enfants

Pour tous les groupes d'âge, la stratégie la plus importante à l'égard d'enfants qui vivent dans un climat de violence conjugale entre adultes à la maison est de faire en sorte qu'ils soient moins exposés à la violence. Vous pouvez les aider en vous familiarisant avec les services locaux, au cas où vous devriez ou pourriez recommander un service quelconque. La plupart des communautés offrent des services pour protéger les femmes victimes de violence, y compris des refuges ou des programmes de défense qui aident ces femmes à élaborer un plan de protection et à prendre des décisions. Notre intervention en tant que communauté peut vouloir dire porter des accusations criminelles ou non. Il pourrait être utile d'accéder à des programmes de traitement à l'intention d'agresseurs. Les programmes de formation au rôle de parent, destinés aux mères et aux pères, peuvent fournir des concepts de base. Bien que ces programmes soient prometteurs et nécessaires, le fait qu'un père ayant des antécédents en tant qu'agresseur ait complété l'un de ces programmes ne veut pas forcément dire qu'il soit prêt à être parent ni à avoir un contact non supervisé avec ses enfants.

Bien qu'il existe nombre de services utiles, en fin de compte, il incombe à la personne principale qui prend soin des enfants - habituellement la mère - de les aider à s'adapter aux répercussions des problèmes familiaux. Par conséquent, l'intervention clé pour ce groupe d'âge est d'aider la personne qui prend soin des enfants à répondre à leurs besoins, c'est-à-dire les réconforter, les protéger et les réassurer. Cela fait du bien aux jeunes enfants lorsque la personne qui en prend soin les aident à gérer et à exprimer leurs émotions, leur montrent des comportements appropriés, établissent des limites, et définissent et appliquent les conséquences en fonction de l'âge de façon équitable et constante (Hawley, 2000).

Quoique le counselling ou l'aide dans le rôle de parent ne fait peut-être pas partie du domaine des services de garde d'enfants, un enseignant peut référer des femmes aux ressources appropriées dans la région ou leur recommander ces ressources. Certains groupes ou programmes autodidactiques sont conçus à l'intention des mères qui vivent dans un refuge (p. ex., Crager et Anderson, 1997). En outre, Baker et Cunningham (2004) proposent de la documentation sur le rôle de parent à distribuer aux femmes. Dans certains cas, il peut être favorable de recommander un programme de formation au rôle de parent ou un groupe de soutien.

Certains enseignants se sentent suffisamment à l'aise pour discuter avec le parent non agresseur, habituellement la mère. Cette discussion peut être axée sur vos préoccupations concernant l'enfant. Par mesures de sécurité, il est préférable de ne jamais laisser de message vocal ni d'avoir ce genre de conversation au téléphone. Baker, Jaffe, Ashbourne et Carter (2002) fournissent des conseils spécifiques sur la façon de communiquer avec un parent et de l'aider lorsque vous soupçonnez un climat de la violence faite à la mère en milieu familial. Il est recommandé de rassurer la femme que vous n'avez pas l'intention de parler à l'agresseur au sujet de la violence. Baker, Jaffe, Ashbourne et Carter (2002) prodiguent également des conseils quant à la façon de réagir en cas de dénonciation de la violence par des enfants. Baker et Cunningham (2004: 51-57) résument la façon de procéder lorsque la mère de bébés, de jeunes enfants et d'adolescents quitte une relation violente. Dans le cas de bébés et de jeunes enfants, il est recommandé de trouver d'autres nouvelles mamans que la femme victime de violence puisse côtoyer, de réétablir des routines familières et de s'assurer que les enfants sachent qu'ils ne sont nullement responsables de ce qui se passe entre les adultes.

Familles qui vivent dans un refuge

Lorsqu'une famille vit dans un refuge, cela implique des situations imprévues spéciales. Il est important d'établir des routines. Il se peut que les enfants d'âge préscolaire ne s'adaptent pas rapidement ni de leur propre gré aux changements reliés à la nourriture, la sieste, le bain, etc., lesquels changements sont inévitables lorsque la mère vit dans un refuge ou cherche un refuge avec l'aide d'ami(e)s ou de proches. Les enfants peuvent avoir perdu des jouets auxquels ils tiennent beaucoup, des animaux de maison, des vêtements, des oreillers ou des vidéos, et il se pourrait que leurs mets préférés ne soient pas disponibles au refuge. Durant cette période de crise et de transition, le fait de poursuivre un programme scolaire peut fournir à l'enfant des routines familières ainsi qu'une prévisibilité réconfortante. Si l'enfant continue à aller à la garderie, cela donne en outre à la mère un répit indispensable relativement à ses responsabilités continues à l'égard de l'enfant durant cette période très stressante.

Il se pourrait que les femmes et les enfants risquent davantage d'être maltraités immédiatement après une séparation. Les refuges ont un système de sécurité strict, ce qui fait que les familles peuvent généralement se sentir en sécurité. Cela signifie que les périodes pour déposer et aller chercher les enfants à l'école constituent pour l'agresseur une excellente opportunité de harceler ou d'agresser une femme ou ses enfants. Il se peut également qu'un enfant soit enlevé. Il est fort probable que le personnel du refuge aura aider la femme à concevoir un plan de sécurité en tenant compte de ces considérations. Assurez-vous que tout le personnel (et les bénévoles) soient informés de la situation et qu'ils sachent comment réagir. Baker, Jaffe, Ashbourne et Carter (2002) recommandent également d'élaborer un protocole en assignant des rôles pour des tâches importantes (p. ex., qui se chargera d'appeler la police?).

Références

Baker, L.L. & A.J. Cunningham (2004). Pour aider les enfants à mieux réussir / En assistant dans leur rôle maternel les survivantes de la violence faite aux femmes : Une ressource pour appuyer l'art d'être un bon parent. London ON: Centre for Children & Families in the Justice System.

Baker, L.L., P.G. Jaffe, L. Ashbourne & J. Carter (2002). Children Exposed to Domestic Violence: An Early Childhood Educator's Handbook to Increase Understanding and Improve Community Responses. London ON: Centre for Children and Families in the Justice System.

Baker, L.L., P.G. Jaffe & K.J. Moore (2001). Comprendre les Effets de la Violence en Milieu Familial: Un manuel de formation destiné aux éducateurs et éducatrices de la petite enfance. London ON: Centre for Children and Families in the Justice System.

Crager, M. & L. Anderson (1997). Helping Children Who Witness Domestic Violence: A Guide for Parents. Seattle, WA: King County Women's Program.

DeVoe, E.R. & E.L. Smith (2002). The Impact of Domestic Violence on Urban Preschool Children: Battered Mothers' Perspectives. Journal of Interpersonal Violence, 17(10): 1075-1101.

Hawley, T. (2000). Safe Start: How Early Experiences Can Help Reduce Violence. Chicago: The Ounce of Prevention Fund.

O'Hara, H. (1999). Children and their Invisible Needs. Journal of Early Childhood Teacher Education, 20(3): 253-257.

In English

This resource is also available in English:

Through a New Lens : Seeing Woman Abuse on the Life of a Young Child -- A Learning Module for Early Childhood Education Programs


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